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Partenariat sud

30 novembre 2007

Blanquita est une "femme exemplaire" !

Les femmes de La Grecia donnent l’exemple !

Au Nicaragua, la marginalisation des populations rurales est, comme partout ailleurs, un énorme problème. S’ils produisent une partie de leurs besoins en alimentation (haricots noirs, fruits, quelques légumes), les petits producteurs ne peuvent par contre pas vendre facilement leurs surplus sur les marchés locaux, contrôlés par les intermédiaires et où foisonnent des produits importés.

Les problèmes pour les producteurs sont nombreux :

- Du fait du pouvoir des intermédiaires, les producteurs souhaitant écouler leurs produits sur les marchés locaux n’ont d’autre choix que de vendre leur production à petit prix... tandis que le consommateur, lui, paie le prix fort.
- Les Etats-Unis produisent de la farine de maïs qui, avec l’aide de subsides, parvient à être vendue à un très bas prix. Cette farine de maïs est notamment exportée à prix plancher vers le Nicaragua, ce qui pose de gros problèmes à la production locale, problème d’autant plus dangereux que le maïs est l’un des produits de base du pays.
- Des légumes plus attrayants et moins chers débarquent constamment du Costa Rica, où ils sont produits par de grandes firmes employant - comble de l’ironie - de nombreux travailleurs nicaraguayens sous payés.
- Les fromages produits au Salvador - avec du lait nicaraguayen - menacent eux aussi la production de fromages locaux.

Le marché ne s’intéresse pas aux problèmes quotidiens des petits paysans. Au contraire, la situation actuelle prive de nombreux producteurs de leur seule source de revenus, ce qui a des conséquences dramatiques. Dans les campagnes du Nicaragua, 32% des enfants allant à l’école souffrent de malnutrition. Paradoxe ? Non : si les parents produisent en effet de la nourriture, ils doivent aussi gagner leur vie pour nourrir leur famille...

Les "Mujer Ejemplar"
A Chinandega, une zone productrice de maïs, de haricots noirs, de sésame et du sorgho, les femmes s’occupent plutôt des fruits et légumes. Elles ont coutume de se lever vers 3-4 heures du matin pour arriver au marché aux premières lueurs de l’aube et profiter des premiers acheteurs, sur le trottoir. Vers 7 heures du matin, les propriétaires tenant les échoppes les expulsent : c’est leur chasse gardée. Pour elles, la vente de fruits et légumes est maigre et difficile. Le reste de la production est en général acheté au prix le plus bas, sur le terrain, par… les intermédiaires. Dénuées de capital, de grande production et d’aide du gouvernement, leur compétitivté est, dans un marché "libre", vouée à l’échec.

C’est dans cette zone de Chinandega que Blanquita Landero Betanco préside la coopérative des femmes "Mujer ejemplar" ("les femmes exemplaires") de la communauté La Grecia.“Je suis l’une de ces femmes que l’on chassait du marché central de Chinandega. Quand j’allais vendre mes fruits, je devais reprendre mon panier car on ne me laissait pas de place. Nous, les paysannes, nous "dérangeons". Les intermédiaires ne veulent personne devant leurs étals. Nous ne pouvons vendre que pendant œ heure, 1 heure. Nous devions trouver une alternative”

Renforcer les dynamiques locales
Blanquita et les 30 femmes de la coopérative ont suivi la dynamique des marchés locaux solidaires de la Fenacoop (Fedération nationale de Coopératives agraires du Nicaragua) et de l’Unag (Union nationale des - petits agriculteurs et éleveurs) appuyée par Oxfam-Solidarité. Elles se sont réunies pour cibler les acheteurs potentiels de leur communauté, ont analysé leur demande et répertorié leur propre production. Cet effort s’est réalisé simultanément dans 6 municipalités.

Après plus d’un an d’études, de discussions et de décisions, la coopérative a ouvert son petit marché local solidaire "Benigna Mendiola". Les gens y trouvent les produits au même prix qu’au marché, ou même moins cher... et sans devoir se déplacer ! Mettant en valeur les produits locaux, il permet que l’argent circule sur place et ne s’échappe pas. Sur une dizaine de micro-projets initiaux, 4 ont réussi à voir le jour aujourd’hui. Blanquita et les membres de la coopératives en sont fières.

“Nous vendons surtout des fruits et des légumes : tomates, piment, yuca (cassave), haricots noirs. Nous avons des réservoirs pour entreposer les haricots et les vendre petit à petit. Les gens ne doivent pas payer le voyage jusqu’à Chinandega. Certaines membres de la coopératives sont venues ici pour peser ce qu’il avaient acheté chez le marchand : il leur manquait 4 ou 2 onces (1/8 de livre). Ici, on pèse juste !”

Un succès grandissant
Depuis l’ouverture, Blanquita et sa coopérative font circuler entre 2000 et 3000 córdobas (moins de 200US) chaque semaine. Les montants sont petits mais croissants. Les membres des coopératives et plus de 100 habitants voisins viennent maintenant régulièrement pour acheter des haricots, des fruits et des légumes. Les jeunes viennent y apporter de nouvelles initiatives : ils jouent de la musique, veulent monter un cybercafé (l’électricité, heureusement n’est pas loin), élever des cochons...

"Avec la mise sur pied du marché, plusieurs organisations nous ont contacté pour renforcer l’initiative : améliorer les infrastructures, proposer des bananes plantain..." raconte Blanquita. "Dimanche prochain (le 5 août 2007) le président de la fédération Fenacoop lui-même viendra célébrer avec nous l’anniversaire de la coopérative, avec des délégations d’autres départements. Il y a eu des échanges d’expériences avec d’autres organisations. C’est un honneur pour nous, mais aussi aussi pour la Fenacoop et Oxfam”.

Etablir un point de vente direct du producteur au consommateur est difficile. Il faut vaincre la culture, la concurrence déloyale, les cercles vicieux du marché, améliorer et diversifier sa propre production, devenir soi-même un commerçant... Pour pouvoir fonctionner, toute la coopérative s’y met : le conseil d’administration, un comité de commercialisation, le comité de crédit. Pour la gestion journalière, il y a une rotation des membres de la coopérative. “Grâce aux bénéfices, nous nous avons déjà pu mettre une couche de ciment à l’endroit ou nous vendons”, note Blanquita.

Aller de l’avant !
Les défis à relever pour Blanquita et les autres agriculteurs sont nombreux : retenir les acheteurs près de chez soi, diversifier ses produits, avoir un local, ne pas trimbaler la production chaque jour.... "Il faut parler avec les gens, leur faire comprendre qu’on ne veut pas profiter des voisins, mais les aider et s’aider soi-même. Parler de l’injustice du marché. Se frayer un chemin, là où il n’y avait plus d’espoir."

“Pour le futur ? Aller de l’avant. Toujours. Ne pas perdre les quelques sous que nous avons investis. Cette coopérative se démarque car nous sommes toutes des femmes. Souvent, la femme arrive plus loin… Le plus beau, maintenant, c’est que nos femmes ont un endroit où vendre leurs produits”.

 
 

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