Tsunami

9 février 2005

Banda Aceh : le rire et les larmes de Menasa Blang

Par Isabelle Delforge à Banda Aceh (Indonésie)

Sur la côte est d’Aceh, la côte la moins touchée par le tsunami, presque tous les villages ont leurs camps de réfugiés. Les mosquées servent souvent d’abris, le gouvernement a fourni des tentes et distribue des aliments. A Menasa Blang, au fond d’une ruelle, nous arrivons devant un camp de fortune : deux grands tentes au pied d’une bâtisse en construction. 600 personnes y vivent depuis le tsunami. Les femmes rient en nous voyant arriver, les enfants courent, tous se précipitent et c’est la sympathie rieuse de l’Asie du sud-est qui semble tout balayer.

La troupe nous entraîne sur la plage à 500 mètres de là, là où étaient leurs maisons, leurs bateaux, leurs vies. La plage est immense et désespérément vide. Des 200 maisons qui s’y trouvaient, il ne reste rien. Une vieille femme nous attire vers une petite porte en bambou dressée sur la plage, seul signe qu’avant le 26 décembre, il y avait tout un village. Les sourires s’éteignent quand on parcourt ce village anéanti. Tous pointent du doigt une parcelle de plage sous les pins : « Là, ma maison », « Je vivais là », « La cuisine », « Je dormais ici ». Ne reste plus que du sable.

A Menasa Blang, ‘seuls’ trois enfants sont décédés dans la catastrophe. Tout le monde a couru. Un vieil homme à la peau burinée raconte qu’il a vu la vague et qu’il a grimpé dans un cocotier. De haut, il a assisté, en cinq minutes, à l’engloutissement de son village. On dit : « il y a seulement trois morts ». On dit qu’ils ont eu de la chance. Mais de quelle chance s’agit-il ? Même quand les cadavres ne jonchent pas les rues, la détresse est immense.

Il y a bien sûr la détresse de ceux qui ont tout perdu : leur maison, leurs biens, leur bateau, leurs filets, leur boulot. Mais en plus, il y a la peur et le désespoir. Les pêcheurs de ... ne veulent plus pêcher. Ils ne veulent pas reconstruire près de la mer. Ils ne savent plus que faire ni où aller.

Aujourd’hui, l’angoisse et l’insomnie règnent sur Aceh. L’un des premiers mots indonésien que l’on entend en arrivant, c’est « trauma ». Le traumatisme de ceux qui ont senti la terre trembler, de ceux qui ont vu la vague gigantesque, de ceux qui ont fui en hurlant, de ceux qui ont survécu. Certains ne dorment plus. Certains ne veulent plus parler. Ils fuient quand les équipes d’aide les approchent. Tous les jours, des rumeurs d’un nouveau tsunami circulent. Hier, dans la région de Banda Aceh, des dizaines de personnes effrayées se sont enfuies à l’annonce d’un nouveau raz-de-marée. L’armée encourageait les habitants à s’enfuir. Fausse alerte.

Même dans les villes peu touchées, des magasins sont fermés pour cause de traumatisme, de nombreuses activités sont paralysées. Quel que soit le processus de reconstruction, il devra passer par la prise en compte de ce terrible choc psychologique. De nombreuses équipes de médecins et de psychologues tentent d’aider les survivants. Les organisations indonésiennes de la coalition de solidarité KSKBA (équipe humanitaire et de solidarité face au tsunami à Aceh et au Nord de Sumatra) ont abordé le sujet avec un groupe d’« ulamas », des sages musulmans auxquels la population a recours pour des questions spirituelles mais aussi personnelles. Mais pour Indra Lubis, porte-parole de FSPI, la Fédération paysanne indonésienne, « il est encore trop tôt pour aborder le problème du traumatisme. C’est trop émotionnel et on n’est pas équipé pour gérer une telle situation ». Dans l’urgence, les « ulamas » ont d’abord donné des consignes sur la manière de traiter les cadavres tout en respectant les règles de l’Islam. Mais une tâche immense reste à accomplir pour reconstruire la région et pour que les habitants retrouvent confiance au lendemain.

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Galerie photos : SOS Tsunami

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