lait

Lait

10 août 2007

Augmentation du prix du lait : causes et conséquences


Ces derniers mois, le prix du lait sur les marchés internationaux a sensiblement augmenté. Quelles sont les principales raisons de cette augmentation ?


Les raisons principales de cette augmentation sont :
- d’une part une offre réduite et des coûts de production plus élevés ;
- d’autre part une demande en hausse constante (principalement dans les zones urbaines, en Chine et en Inde).

La sécheresse en Australie, important exportateur, a sensiblement réduit l’offre sur les marchés internationaux, et les autres producteurs n’ont pu combler cette baisse.

Il faut aussi souligner que le développement des agro-carburants crée une hausse des prix sur des produits agricoles comme le maïs ou le soja. Cette hausse de prix est répercutée sur les coûts de production du lait car de nombreux producteurs ont recours à ces produits pour alimenter le bétail.

Quelques changements dans les conditions de production d’un ou plusieurs pays peuvent donc sensiblement influencer les marchés agricoles internationaux. Le marché international des produits laitiers ne fait pas exception, et est lui aussi fortement assujetti à des variations de prix.

Quelles conséquences au Sud ?
L’impact de ces variations se fait évidemment ressentir dans les pays importateurs de lait. C’est ainsi qu’en Afrique de l’Ouest, les consommateurs, les commerçants et les transformateurs se plaignent d’une forte hausse du prix du lait en poudre. Les sacs de 25kg de lait en poudre sont en effet passés de 40.000 FCFA à 80.000 FCFA à la mi-2007.

Une situation qui, par contre, réjouit les éleveurs locaux. Ceux qui peuvent s’appuyer sur des circuits de commercialisation vont pouvoir vendre leurs produits à des prix intéressants, plutôt que d’être confrontés à la forte concurrence des produits importés.

Mais affrontant depuis des années cette concurrence des importations à bas prix, les producteurs n’ont pas pu développer leur filière et augmenter la production. Dès lors, au vu des prix étrangers élevés et de l’offre locale réduite, une pénurie s’annonce pour les consommateurs. Et les producteurs locaux ne pourront, dans les condition actuelles, y faire face.

Néanmoins, cette situation offre à terme de meilleures conditions pour faire les investissements nécessaires au développement de la filière. Mais si ces investissements permettront d’augmenter la production locale d’ici quelques années, les producteurs d’autres pays, y compris en Europe, se préparent eux-aussi aussi à augmenter leur production (notamment du fait de l’abandon des quotas de production de lait).

Passera-t-on, d’ici quelques années, d’une situation de "pénurie" à une nouvelle situation de saturation et de prix bas ? Est-ce que les investissements consentis par les producteurs d’Afrique de l’Ouest pourront faire face à de nouvelles importations à bas prix ?

Nord-Sud : des intérêts communs
Au fond, les intérêts des transformateurs et des producteurs sont-ils antinomiques ? Un pays qui dépend largement des marchés internationaux pour satisfaire sa demande interne sera toujours confronté à la volatilité extrême de ces marchés. Tous les pays ont intérêt à contribuer à l’établissement d’un marché stable. L’enjeu est donc de développer des filières locales pouvant garantir une offre stable et de qualité aux transformateurs et distributeurs, tout en exigeant de ces derniers des prix rémunérateurs.

Thierry Kesteloot
Chercheur, spécialiste des questions agricoles
Oxfam-Solidarité