Au Kivu, les paysans se mobilisent malgré la guerre

En mai 2010, notre collègue Marc Wegerif s’est rendu au Sud-Kivu où il a pu observer le travail mené par l’Union des Paysans pour le Développement Intégré (UPDI), un partenaire d’Oxfam-Solidarité. Récit de voyage.
"Pour parvenir au village de Ludaha, nous parcourons dans notre vieux 4x4 la route sinueuse qui contourne le lac Kivu. Nous franchissons les derniers kilomètres à pied pour arriver dans les champs cultivés par les paysans membres de l’UPDI.
Les paysans que nous rencontrons sont fiers de nous montrer leurs champs. Ainsi, Gistavo Matabaro, dont les terres sont plantées d’oignons, d’aubergines et de carottes. Ou encore Chambo Mwapugula, une paysanne du village qui cultive du lenga-lenga, une plante locale et nutritive aussi appelée amarante. Plus loin, nous apercevons des plantations de pommes de terre, patates douces, haricots, petits pois, maïs, sorgho, céleri, tomates, chili et choux.

- Gistavo Matabaro cultive des oignons, des aubergines et des carottes.

- Chambo Mwapugula nous montre sa plantation de lenga-lenga.
Poursuivant notre chemin, nous passons devant des maisons bien entretenues, des bosquets cultivés pour la fabrication de bois de chauffage et pour les travaux de charpenterie. Les autres plantations sont plus petites et divisées par des rigoles d’irrigation remplies d’eau.
Grâce à l’apprentissage des techniques agricoles transmises par l’UPDI, la branche locale de l’organisation a pu aider les paysans à mettre en place un système d’irrigation construit par les paysans eux-mêmes. Les récoltes sont désormais nombreuses et variées, la culture irriguée ayant rendu les champs plus fertiles et permettant aux paysans de cultiver toute l’année.
Des résultats prometteurs

- Baguma Kilose, président de la branche locale de l’UPDI.
Au milieu des champs, nous retrouvons Baguma Kilose, le président de la branche locale de l’UPDI. Il demande à d’autres villageois de nous rejoindre et nous nous installons au sommet d’une petite colline pour parler des récoltes. Tout se disent très fiers des améliorations apportées par leur système d’irrigation au cours des 10 dernières années. Ils expliquent que le projet de l’UPDI leur a permis de construire des maisons plus solides et de scolariser leurs enfants.
Comme la plupart des agriculteurs de la région, ces paysans n’ont que rarement accès à des engrais. Ils recourent donc à du fumier et du compost pour fertiliser les champs. Mais leur bétail peu abondant ne produit pas le volume de fumier nécessaire. Baguma, en attrapant une chenille qui grimpait sur ma jambe, m’explique en outre que ces insectes sont un fléau qui ravage les champs de patates douces et qu’ils n’ont jusqu’à présent trouvé aucun pesticide pour s’en débarrasser.
Difficile de vendre les récoltes...
Mais son plus grand souci est ailleurs : l’accès à de nouveaux marchés pour les produits agricoles. Les marchands de Bukavu offrent en effet des prix trop bas et la quantité de produits demandée est trop faible. Par conséquent, les paysans repartent souvent de la ville avec des excédents.
Il leur est d’ailleurs bien difficile de se rendre à Bukavu. Il n’y a pas de moyen de transport dans le village et, lorsqu’ils voyagent, les soldats postés aux points de contrôles les arrêtent et exigent soit des payements en liquide, soit une partie de leurs récoltes. A première vue, quelques carottes par-ci ou quelques centaines de francs par là ne semblent pas bien lourds à payer. Mais en fonction du nombre de contrôles, ces pertes s’accumulent très vite et peuvent fortement réduire le profit déjà maigre anticipé par les paysans. Ce problème de “taxes” constitue l’un des projets dans lequel l’UPDI continue à s’investir pour protéger les intérêts des paysans. Avec déjà quelques belles réussites dans d’autres villages.
Du cobaye à la vache

- Grâce à l’argent généré par son bétail, Gilbert peut envoyer ses enfants à l’école.
Dans le village de Buhanga, nous visitons la ferme de Gilbert Myshambarhwa, spécialisé dans l’élevage du bétail. Derrière sa maison se trouvent les étables où l’on aperçoit ses vaches et ses moutons. Pourtant, Gilbert a commencé son élevage avec des animaux bien plus petits...
"J’ai commencé par élever des cobayes", raconte-t-il. "Petit à petit, j’ai réussi à en vendre assez pour commencer un élevage de lapins. Plus tard, avec le soutien de l’UPDI, j’ai pu acheter mon premier mouton. Cet élevage m’a permis d’envoyer mes enfants à l’école et de financer les coûts de mon exploitation. En vendant des moutons, j’ai réussi à acheter ma première vache. Aujourd’hui, j’ai cinq vaches, sept moutons et je continue l’élevage de lapins. Et l’élevage des cobayes a été repris par mes enfants."
Avant de partir, nous rencontrons Furaha Bembe, la présidente du groupe de paysans de Buhanga, également membre de l’UPDI. Furaga joue un rôle de leadership et d’encadrement pour les centaines de membres de l’UPDI de Buhanga et des villages avoisinants.
Furaha subvient aux besoins de toute sa famille. Les prêts fournis par l’UPDI aident les paysans comme elle à introduire des nouvelles variétés, et le soutien technique permet l’apprentissage de nouvelles techniques agricoles qui améliorent les récoltes.
"Ces activités contribuent aussi au bien-être social de la communauté", explique-t-elle. "Et en particulier à l’amélioration de la santé des femmes du village. Désormais, les femmes consomment une plus grande variété de légumes et d’aliments de base. C’est là un résultat très important du projet."
La mobilisation malgré la guerre
Le dernier raid militaire mené contre le village de Ludaha a eu lieu il y a moins d’un mois. Mais malgré le conflit armé et l’instabilité politique qui continuent d’affecter la République démocratique du Congo, les paysans continuent de se mobiliser pour améliorer leurs conditions de vie. Dans leur combat pour la justice et la dignité, ils peuvent compter sur l’appui d’organisations comme l’UPDI et les autres associations paysannes nationales et régionales soutenues par Oxfam."
Marc Wegerif, Mai 2010
L’UPDI, organisation partenaire d’Oxfam-Solidarité, soutient plus de 14.000 membres en menant des projets liés à l’amélioration des techniques de production agricole ou en apportant un appui spécifique aux femmes paysannes.
Actions et projets
Partenaires
- LOFEPACO : Ligue des Organisations des Femmes Paysannes du Congo
- RAEK : l’association des agriculteurs et éleveurs de Kabare (RD Congo)
- PADEBU, organisation d’appui et de renforcement de la société civile
- FOPAC, Fédération des organisations des Producteurs Agricoles du Congo au Nord Kivu
- APIDE, ONG de développement durable et d’actions humanitaires


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