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Cuba

16 octobre 2003

Après l’Irak, au tour de Cuba ?

« Cuba fabrique des armes de destruction massive. » « Après l’Irak, c’est au tour de Cuba. » déclare Jeb Bush, frère de l’autre et gouverneur de Floride, et les Etats-Unis placent Cuba dans « l’Axe du Mal ». « Non, le tour de Cuba n’est pas encore venu. » dixit Rumsfeld.

Pouvons-nous reprocher aux cubains de se méfier de telles allégations ? Elles ont pour nous un sérieux effet de déjà vu...

En sept mois de temps, deux avions et cinq bateaux ont été détournés à Cuba. Un troisième détournement d’avion à été déjoué. Or aux Etats-Unis, on laisse entendre que les pirates de l’air peuvent compter sur une libération sous caution. Cela en dit long sur le pays qui fait de la lutte contre le terrorisme sa priorité numéro un partout dans le monde. Les Etats-Unis refusent depuis sept mois d’appliquer les accords d’immigration signés avec Cuba. Selon ces accords, chaque année 20 000 cubains doivent pouvoir émigrer légalement aux Etats-Unis. Par la soudaine non-application de ces accords, les Etats-Unis stimulent l’immigration illégale et incitent les détournements.

« Une nouvelle vague d’immigration en provenance de Cuba sera considérée par les Etats-Unis comme un acte d’agression et il y sera répondu de manière adéquate » a affirmé le président Bush.

Le nouveau chef de la section d’intérêts des Etats-Unis à La Havane, James Cason, finance environ 75 cubains qu’il organise et dirige, auxquels il fournit du matériel de télécommunication et demande qu’ils développent un parti unique proposant un programme en dix points. James Cason est également fondateur d’un nouveau parti politique à Cuba et organise toutes sortes de séminaires dans sa résidence. Ignorant les avertissements des autorités cubaines, il augmente les provocations chaque jour. Comment réagirait Washington si la section d’intérêts cubains finançait, structurait et accompagnait dans sa lutte le mouvement d’indépendance de Porto Rico ? Les Etats-Unis tolèrent que des actions terroristes contre Cuba soient menées depuis leur territoire. Des bateaux rapides peuvent sans peine quitter Miami et lancer des missiles sur un hôtel de la côte cubaine. Une fois de retour, ils sont accueillis en héros. Les petits avions d’organisations d’exilés cubains peuvent violer l’espace aérien cubain et atterrir à Miami sans courir aucun risque. Ce ne sont pas des terroristes mais des « combattants pour la liberté » selon Washington. Depuis plus de quarante ans, toute transaction commerciale entre Cuba et les Etats-Unis est illégale et Cuba est exclu de toutes les institutions financières internationales. Sans cesse Cuba a demandé un dialogue à cet égard afin de normaliser les relations entre les deux pays. Les Etats-Unis veulent réellement maintenir une relation de guerre. Cela garantit au président étasunien les voix des nombreux exilés cubains. Et c’est surtout très important dans un Etat crucial comme la Floride.

C’est entre autres dans ce contexte que les événements des dernières semaines doivent être replacés. 75 personnes ont été arrêtées et condamnées à des peines de prisons variant de 6 à 28 ans. Les preuves étaient univoques : les reçus signés des transferts d’argent cash entre Cason et ces personnes. Les peines tombées sont lourdes, Cuba veut vraisemblablement donner un exemple : nous ne tolérerons pas une cinquième colonne des Etats-Unis sur notre territoire. Ce n’est cependant pas un débat sur la liberté de la presse (seuls 4 des inculpés ont exercé une activité journalistique dans leur vie) ni un débat sur la liberté syndicale, il y a en effet quelques syndicalistes parmi les accusés, mais l’accusation concerne bien la collaboration dans le cadre de la loi Helms-Burton (celle-ci a été rendue illégale et punissable en Belgique et dans toute l’Union européenne également et ce depuis 1998). Les trois exécutions d’avril concernent les auteurs du détournement d’un bateau transportant, entre autres, des touristes. Nous prenons nos distances quant à l’application de la peine de mort, que cela soit clair. Ce n’est pas éthique et nous considérons cela comme la violation du droit fondamental à la vie. Nous nous indignons cependant de la réprobation sélective qu’elle entraîne. Aujourd’hui la Commission européenne prend des initiatives pour exclure Cuba des accords de Cotonou, alors qu’elle passe sous silence le même type de violations dans certains des 118 pays dans lesquels la peine de mort est toujours inscrite dans la législation. Pourquoi pas des représailles économiques à l’encontre du leader en matière d’application des peines de mort, à savoir les Etats-Unis. Rien qu’au Texas, Etat d’origine de Bush, on compte 281 exécutions jusqu’à présent, dont 11 mineurs d’âge.

L’union européenne peut une fois encore prouver à quel point elle est (in)dépendante des Etats-Unis. Le Ministre des Affaires étrangères est resté réservé dans ses déclarations et il connaît le dossier. Annemie Neyts par contre a fait des commentaires tout à fait inapropriés autour de cette affaire. Peut-on reprocher à Cuba de ne pas se montrer naïf face aux déclarations et aux actions des Etats-Unis ? Cuba n’a-t-il pas le droit de protéger son intégrité contre une agression étrangère ? Les Etats-Unis peuvent attaquer l’Irak sans mandat des Nations Unies, n’encourant aucune sanction de la part de la communauté internationale, celle-ci se satisfaisant du fait que la guerre n’ai pas duré longtemps et n’ai pas fait des centaines de milliers de victimes. Pourquoi l’indignation est-elle encore si sélective ? Est-ce que les milliers d’enfants tués en Irak, les syndicalistes en Colombie, les disparitions et les tortures, choses qui n’arrivent pas à Cuba, sont beaucoup moins importants ? Ou ne réagit-on plus aux alliés d’une superpuissance qui construit un nouvel ordre mondial ? L’Europe ne sera-t-elle jamais en état de développer une vision indépendante, basée sur le droit international ?