Alternatives, de la pensée à l’action
Face à la menace de la privatisation de l’eau, des mouvements sociaux et des intellectuels s’attèlent à définir des alternatives. Les nombreux défenseurs de l’eau se mobilisent de partout pour l’application de ces solutions.
Après plusieurs années de débats et d’expérience, le mouvement international pour la défense de l’eau semble parvenu à maturité. La déclaration finale du Forum alternatif mondial de l’eau, qui s’est tenu en mars dernier à Florence, définit les principes fondamentaux du mouvement, desquels découlent des propositions concrètes d’action. La mondialisation de l’économie – version néolibéralisme – progresse rapidement. Il est temps d’agir.
Un droit pour tous
Premier principe : l’accès à l’eau est un droit pour tous. Chaque citoyen doit pouvoir disposer d’une quantité et d’une qualité d’eau suffisantes à la vie. Petit à petit, cette exigence de la société civile est reconnue officiellement. En décembre 2002 par exemple, une commission d’experts au sein des Nations-Unies est parvenue aux mêmes conclusions (voir encadré).
Un bien commun
Deuxième principe : l’eau est un bien commun de l’humanité. Ce concept, défini par l’économiste Riccardo Petrella, définit l’eau comme propriété de tous les êtres humains et de toutes les espèces vivantes de la planète. La quantité de l’eau disponible étant limitée, elle ne peut être laissée aux mains d’entreprises privées motivées par le profit. Dès lors, ”la propriété, la gestion et le contrôle politique de l’eau doivent être et rester publics, sous la responsabilité directe des pouvoirs publics”. Pour cela, la gestion et le contrôle par le secteur public doivent être améliorés.
C’est pourquoi les services publics doivent être exclus des négociations de l’Accord général sur le commerce des services (AGCS) au sein de l’Organisa-tion mondiale du commerce (OMC). Les participants au Forum alternatif demandent aussi à l’Union européenne de retirer ses requêtes de libéralisation des services essentiels et d’abandonner la préférence donnée à la gestion privée de l’eau. Ils demandent la création de services publics continentaux et mondiaux. Un Service Public Européen, sous contrôle du Parlement européen, pourrait ainsi être créé et financé par l’Union.
Financement public
Troisième principe : le financement des investissements nécessaires pour concrétiser le droit à l’eau potable pour tous doit être assuré par les collectivités publiques (communes, Etats, Unions d’Etats, Communauté mondiale). Pour cela, les signataires proposent la création d’un ”système fiscal progressif à finalité redistributive à tous les niveaux, du local au mondial”.
Dans ce cadre, il est indispensable de revoir le rôle et le fonctionnement des institutions financières multilatérales (Banque mondiale, Fonds monétaire international...) et de définir de nouvelles institutions de financement coopératif.
Malgré certains avantages à ne pas sous-estimer, le Partenariat Public-Privé (PPP) soulève de nombreuses questions. Face à celui-ci, le Forum alternatif propose un nouveau PPP : le Partenariat Public-Public, c’est-à-dire ”le partenariat fondé sur des processus innovateurs de coopération entre institutions et organismes publics, avec la participation directe des citoyens (dans le contexte de la démocratie participative) visant, entre autres, à soutenir et à diffuser de nouvelles expériences d’économie publique et d’économie sociale”. Une expérience de ce type a été signée en 2002 entre des partenaires sud-africains et brésiliens.
Démocratie réelle
Quatrième principe : la promotion d’une démocratie participative. ”L’alternative à la privatisation de l’eau, c’est la démocratisation de l’eau” lit-on dans la déclaration. Les citoyens doivent participer, sur des bases représentatives et directes, à la définition et à la réalisation d’une politique locale et mondiale de l’eau.
Les signataires appellent à la création d’une Autorité mondiale de l’eau fonctionnant sur des bases démocratiques représentatives. Elle se composerait d’un Parlement mondial de l’eau, d’un Tribunal mondial pour la résolution des conflits liés à l’eau et d’un organisme de contrôle. Ces alternatives ainsi que plusieurs autres sont actuellement revendiquées aux quatre coins du monde.


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