Alterfin : là où les banques ne vont pas

Comment combattre la pauvreté, sans l’aide de subsides et sans recevoir ou faire de dons ? Réponse avec Hugo Couderé, directeur d’Alterfin.
Née en 1994 et cofondée par Oxfam-Solidarité et Oxfam-Wereldwinkels, Alterfin est une société coopérative belge, qui compte aujourd’hui près de 1.500 associés. Son business ? Elle investit d’une part dans des organisations de micro-financement, d’autre part dans des associations de petits producteurs actifs dans le commerce équitable. Alterfin travaille actuellement avec 63 partenaires dans 15 pays, en Amérique latine, en Afrique et en Asie. Et ne compte pas s’arrêter en si bon chemin.
Plus que des actionnaires

- Hogo Couderé
- directeur d’Alterfin
Alterfin propose une méthode de coopération au développement durable, et c’est là sa grande force, estime son directeur Hugo Couderé : « Pour sortir de la pauvreté, les gens ont besoin d’un travail, d’une source de revenus. Dans les pays en développement, le travail se situe dans l’économie informelle, dans les micro-entreprises familiales. Or, les banques n’interviennent pas dans cette sphère économique. Nous offrons dès lors un financement adapté. Il ne faut pas de dons ici, mais bien des prêts. Nous-mêmes ne dépendons ni de subsides, ni de dons. »
Il y a plus. Les coopérateurs d’Alterfin ne se voient pas comme de simples investisseurs. S’ils sont de profils divers, tous ont fait le choix réfléchi de placer leur argent de manière différente et éthique, loin des banques et entreprises. « C’est ainsi que les coopérateurs d’Alterfin donnent une portée sociale à l’organisation. Plus que des actionnaires, ce sont des membres à part entière, particulièrement actifs à l’Assemblée générale. C’est un modèle démocratique fort ».
Prise de risques limitée
Mais quel risque comporte un investissement dans Alterfin ? En d’autres termes : est-ce que les partenaires remboursent bien leur emprunt ? « Oui, dans plus de 99 pour cent des cas », rassure Hugo Couderé. « Quand un partenaire est en difficulté, nous essayons de trouver une solution ensemble, et cela fonctionne en général. On est ici dans une vraie dynamique de partenariat. »
Au niveau des risques d’instabilité politique, Alterfin est assurée par l’Office National du Ducroire (société d’assurances spécialisée dans le domaine des relations commerciales internationales). Ce qui ne l’empêche pas d’être présente dans certains pays à risques, y compris des pays où elle n’est pas assurée par le Ducroire, comme le Laos ou la Côte d’Ivoire. Alterfin envisage également d’investir dans l’instable région du Kivu, au Congo. Mais pas question de jouer les casse-cous : ces projets resteraient de petite envergure.
Investir dans la chaîne de production agricole
Près de 50% des financements d’Alterfin vont à des projets agricoles de
commerce équitable. Aujourd’hui, elle souhaite démarrer de nouveaux projets dans l’agriculture familiale vivrière orientée vers les marchés locaux. « Les institutions de micro-financement sont trop peu présentes en milieu rural », explique Hugo Couderé. « Or, une grande partie des gens pauvres y habite. Si vous voulez améliorer leurs revenus, c’est là qu’il faut investir. Nous développons donc des projets de crédit autour de la production de grain, de fèves, de lait et de produits laitiers, en Amérique latine et en Afrique. »
Alterfin ne veut pas uniquement investir dans la production, mais également dans la commercialisation de cette production. « Dans la plupart des pays en développement, il manque pas mal de maillons aux chaînes de production agricole », poursuit Hugo Couderé. « Les marchés sont mal organisés, l’infrastructure routière laisse à désirer, les paysans sont obligés de travailler de manière individuelle et ne peuvent donc bénéficier des économies d’échelle, il manque des entreprises de transformation. Nos projets visent dès lors à soutenir des associations locales de producteurs et des entreprises qui transforment et commercialisent les produits agricoles. »
Il n’y a pas que l’argent qui fait défaut : l’expertise et l’équipement technique sont d’autres éléments importants. Là, ce n’est plus le terrain d’Alterfin, mais d’organisations locales ou d’ONG. « En ce sens, nous sommes complémentaires », conclut Hugo Couderé. « Il se pourrait, par exemple, que nous soutenions financièrement une coopérative agricole qu’Oxfam-Solidarité appuie déjà via des formations et un renforcement structurel. Nous le faisons déjà pour plusieurs partenaires d’Oxfam-Wereldwinkels. Nous estimons qu’il est plus judicieux de travailler avec des partenaires locaux au soutien de groupes de paysans, plutôt que directement avec les paysans. Voilà un point commun avec la méthode d’Oxfam-Solidarité. Parce que renforcer des organisations partenaires locales, c’est participer au développement institutionnel d’un pays. »
Julie Fueyo Fernandez
Pour plus d’infos ou pour devenir actionnaire d’Alterfin : www.alterfin.be
Article issu du Globo n°32 :"La charité ? Non merci ! - La coopération au développement autrement"


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