15 décembre 05 : Un bel emballage pour des boîtes vides
Par Thierry Kesteloot, envoyé spécial de Oxfam à Hong Kong
Les différents grands blocs commerciaux ont passé leur temps à tenter de convaincre que leurs positions sont raisonnables : "Nos propositions sont sincères et substantielles, nous attendons des autres qu’ils fassent de même".
Ce petit jeu de « c’est pas moi, c’est lui » vise à faire monter la pression sur les autres. Tout argument est bon à prendre : promettre une aide au commerce avec de l’argent déjà promis par ailleurs, l’Union européenne qui ne veut pas parler de date pour éliminer les subsides à l’exportation parce que les Etats-Unis ne sont pas prêts à le faire, les Etats-Unis disent que l’exportation d’excédents alimentaires sous prétexte d’aide alimentaire doit être maintenue pour des raisons humanitaires... En même temps, les pays industrialisés font monter la pression de manière agressive pour demander la libéralisation des marchés non agricoles et de leurs services.
Rapports de force
L’Union européenne veut obtenir un texte plus ambitieux (c’est-à-dire, une libéralisation plus forte). Dès lors, elle insiste auprès de ses "partenaires des pays ACP" et essaye de les convaincre que ce ne serait pas "sage" d’émettre une proposition qui leur laisserait plus de flexibilités et de capacités de régulations. Plutôt que de démanteler leurs subsides menant au dumping de leur coton, les Etats-Unis promettent un accès totalement libre à leur marché pour le coton africain... alors que le coton n’y a pas été exporté depuis cinq ans. Le problème des cotonniers africains n’est pas l’accès au marché, mais l’arrêt du dumping. Les rapports de force à l’OMC s’illustrent aussi par les conditions posées aux Iles Tonga pour leur accession à l’OMC. Ils seront admis lors de cette conférence, parce que Tonga - économie particulièrement vulnérable - s’est mis d’accord pour réduire tous ses tarifs à maximum 20%, alors que les pays industrialises pratiquent des tarifs de près de 300% pour leurs produits agricoles sensibles.
Des cadeaux vides
Les protestations se multiplient tant a l’intérieur de la salle de conférence qu’à l’extérieur. En chantant des chants de Noël, diverses organisations ont offert de grands cadeaux de Noël. Mais le bel emballage cadeau ne cache que des boites vides. Des dizaines de rassemblements sont organisés pour discuter d’alternatives, définir des stratégies, échanger. C’est aussi l’occasion pour les organisations et les mouvements sociaux de préparer l’après Hong Kong. Une marche s’est mise en route pour condamner la marchandisation des services, et sur une libéralisation créatrice de chômage et de précarité.
Visiblement, les négociateurs des puissants ne sont pas encore prêts à entendre autre chose que leurs intérêts commerciaux particuliers.


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