13 décembre 2005 : Bienvenue à Hong Kong, la ville à l’économie la plus libre au monde

Par Thierry Kesteloot, envoyé spécial d’Oxfam à Hong Kong.
Entre la détention de José Bové et les premières manifestations, la 6ème Conférence ministérielle de l’OMC s’est ouverte ce 13 décembre à Hong Kong dans une confusion certaine.
Malgré une accréditation en bonne et due forme de l’OMC pour participer aux activités des ONG, les services d’immigration chinoises refusaient l’entrée de José Bové. Sa détention de six heures démontre la nervosité des autorités chinoises. Avec l’appui des mouvements sociaux locaux et internationaux et de l’organisation paysanne internationale Via Campesina, José Bové a fait monter la pression sur le directeur général de l’OMC Pascal Lamy en l’interpellant directement. Une petite bataille médiatique a suivi l’autorisation d’entrée de José Bové : tant le gouvernement français que Pascal Lamy affirment que c’est grâce à eux qu’il a été libéré. C’est que les autorités chinoises redoutent des manifestations qui risquent de bloquer les négociations.
Hong Kong, vitrine du libre-échange
La ville de Hong Kong est par excellence la vitrine du libre-échange en Chine. Toute transnationale qui se respecte y a une représentation et le commerce est omniprésent. Ville portuaire, elle regorge de containers de toutes sortes. Les magasins sont ouverts 24 heures sur 24, sept jours par semaine. Tout s’achète et tout se vend. Les délégués venant a la conférence de l’OMC sont accueillis par un « Welcome to Hong Kong, the world’s freest economy ! » (« Bienvenue à Hong Kong, la ville à l’économie la plus libre au monde »). Ville symbole et artificielle à la situation géographique particulière, Hong Kong a été bien choisie pour contenir trop de contestations.
Dimanche, plus de 4.000 travailleurs, paysans, migrants marchaient dans les rues du quartier des affaires pour clamer leur opposition aux négociations. A la fin de la manifestation, en rentrant a l’hôtel, je suis frappé par ce qui me semblait un immense sit-in. Quelques milliers de femmes occupaient les espaces publics pour un immense pic-nic. Ces migrantes philippines qui travaillent comme femmes de ménage se rassemblent chaque dimanche soir, jour de congé, pour se détendre.
Ils sont près de 300.000 travailleurs philippins à venir à Hong Kong pour trouver un travail précaire qu’ils ne peuvent plus trouver dans leur pays. La libéralisation de l’économie aux Philippines n’a pas créé l’emploi espéré. Au contraire témoignent les paysans qui voient les campagnes se déserter. Ceux-ci n’arrivent plus à vivre de leur travail, leurs propres marchés étant inondés par du riz, des oignons, des légumes... importés. Mais de nombreux migrants viennent aussi des villes, où certains secteurs industriels se délocalisent en Chine. Les Philippines exportent donc de plus en plus leur population... souvent dans des conditions les plus précaires. Une réalité éloignée des préoccupations des négociateurs.
Négociations à venir : incertaines
Plusieurs manifestations sont prévues pour montrer que la conférence n’est pas juste un lieu "pour faire des affaires" comme le dit Peter Mandelson, le commissaire européen au Commerce. Il s’agit de mettre en avant les réalités concrètes de ceux qui portent le poids de cette libéralisation.
Les négociateurs sont plus occupés de savoir quelle sera l’ambition de la conférence ministérielle revue à la baisse dès le départ. Certains semblent tabler sur un accord minimal consistant à vendre un "paquet de développement" et à définir une feuille de route pour les négociations des mois à venir. D’autres veulent des négociations concrètes dans les différents domaines. Mais personne ne sait réellement comment les jours suivants vont se dérouler.


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