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Tous à table !

La faim du monde est là !

"La faim dans le monde"... C’est pas nouveau, on en parle depuis des décennies. Pendant des années, on l’a présentée comme résultant des sécheresses, des guerres, de la surpopulation... Aujourd’hui, les analystes de la "crise alimentaire mondiale" pointent du doigt la spéculation, la flambée du prix du pétrole et les "biocarburants" (plus correctement nommés "agrocarburants"). Que comprendre de la faim dans le monde aujourd’hui ? Est-elle une fatalité ou le fruit d’un déséquilibre organisé ?

Pour comprendre la faim dans le monde, les dirigeants et observateurs ne sont jamais à court d’explications. Mais pour l’éradiquer, les engagements sont nettement moins nombreux : chacun se renvoie la balle et les discours se cantonnent à énumérer quelques "bonnes intentions". Résultat, entre 1973 et 2002, le nombre d’Africains sous alimentés est passé de 81 à 203 millions.

Pourtant en septembre 2000, les pays membres des Nations Unies se sont engagés à réduire de moitié le nombre de personnes souffrant de la faim d’ici 2015, et ce dans le cadre des "Objectifs du Millénaire". Huit ans après cet engagement, on compte près de 100 millions d’affamés en plus sur terre...

Partout surgissent des émeutes de la faim

A l’heure où nous nous plaignons de notre baisse de pouvoir d’achat, des émeutes de la faim surgissent aux quatre coins du monde : Égypte, Maroc, Indonésie, Philippines, Haïti... C’est surtout le cas en Afrique subsaharienne : au Nigeria, au Cameroun, en Côte d’ivoire, au Mozambique, en Mauritanie, au Sénégal, au Burkina Faso.... Pourquoi tant de protestations en Afrique ?

L’agriculture locale abandonnée
Sur 52 pays africains, 37 ont une économie presque totalement tournée vers l’agriculture. "Des pays agricoles produisent de la nourriture, alors comment comprendre que la faim y fasse des ravages ?" serait-on tenté de se demander.

En fait, depuis le début des années 80, la Banque mondiale a incité les pays en développement à cultiver des produits agricoles destinés à l’exportation comme le café, le coton, le cacao... afin d’augmenter leurs rentrées de devises étrangères et ainsi payer leur dette extérieure. Mais cette orientation agricole s’est faite au détriment des cultures vivrières destinées à la consommation locale...

De plus, en parallèle, les pays riches ont envahi les marchés des pays du Sud avec des produits alimentaires vendus à très bas prix. Ce procédé, appelé « dumping », a conduit à la faillite de milliers de petits paysans qui n’arrivaient pas à faire face à cette concurrence déloyale ! En outre, les pays riches ont constamment réduit leur aide au développement - notamment la part destinée à renforcer la production agricole locale - et les pays du Sud n’ont eu que peu de marge de manoeuvre pour protéger ce secteur vital des importations étrangères.

Flambée des prix
Résultat : l’agriculture africaine est aujourd’hui fragilisée. Une situation particulièrement dramatique face à l’augmentation des prix agricoles mondiaux : à cause de cette flambée, les prix des produits étrangers sont désormais trop élevés pour les consommateurs africains, qui se tournent à nouveau vers l’agriculture locale pour manger. Mais, du fait d’années de maltraitance (dumping, pas de protection) et d’une urbanisation galopante, la production agricole africaine a bien du mal à répondre à la demande. D’où une pénurie des stocks. D’où, selon la loi de l’offre et de la demande, une augmentation des prix, encore renforcée par la flambée des prix du pétrole (coûts de transports, de production...).

Les chiffres font froid dans le dos : selon la FAO [3], la hausse mondiale des prix agricoles a été de 40% en moyenne en 2007, tendance qui s’est accentuée début 2008. Selon la Banque mondiale [4], le prix des produits de première nécessité a grimpé de 80% depuis 2005.

Climat et carburants
Cette situation s’explique également par les effets des changements climatiques : multiplication des inondations et des sécheresses entraînant la destruction des récoltes, augmentation de la température aux tropiques réduisant la productivité de certaines cultures...

Pour faire face aux changements climatiques, certains pays se sont mis à produire des agrocarburants (carburants produits à base de sources végétales) pour diminuer les émissions de CO2. Or, ce choix ne fait lui aussi que renforcer la tendance à la hausse des prix : en multipliant les plantations de maïs, de céréales ou de canne à sucre pour produire des carburants, on diminue les surfaces disponibles pour la production alimentaire, et on accélère encore la crise...

Qui paie l’addition ?
Au final, ce ne sont donc plus seulement trois milliards de ruraux qui souffrent de la faim, mais aussi un milliard de personnes vivant dans les bidonvilles et incapables d’acheter leur nourriture. Les pays riches subissent aussi les conséquences de cette situation. Au Nord, de plus en plus de gens éprouvent des difficultés à se nourrir correctement !

Se nourrir est un droit !

Pour trouver des solutions à la crise alimentaire mondiale, il faudra nécessairement passer par un changement de mentalité : accepter que la nourriture n’est pas une marchandise permettant de faire du profit. La nourriture est un droit.

C’est ce que revendique haut et fort un important mouvement international de paysans : la Via Campesina. Ce mouvement défend un modèle d’agriculture paysanne et familiale destinée à garantir la « souveraineté alimentaire » des peuples.

« La souveraineté alimentaire est le DROIT des peuples à définir leurs politiques agricoles et alimentaires, sans faire du dumping dans d’autres pays. La plus grande proportion de la population mondiale est paysanne. Même dans un monde très technologique, les personnes doivent consommer des aliments produits par les paysans. L’agriculture n’est pas seulement une affaire économique, mais c’est une question de vie pour nous tous. La Vía Campesina défend un modèle décentralisé où la production, la transformation, la distribution et la consommation sont contrôlées par les peuples, les communautés elles-mêmes, et non par des entreprises transnationales. »

Pour en savoir plus :
- Découvre le site web de la Via Campesina
- Consulte la campagne d’Oxfam Solidarité sur la souveraineté alimentaire

 

 

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